Dans cet article, je propose tout d’abord de définir ce que recouvre le terme « santé mentale ».
Et dans un second temps, de faire un état des lieux de la situation en France pour ce qui a été déclaré par les autorités « grande cause nationale de l’année 2025 ».
Dans un troisième temps, il pourrait être intéressant de s’intéresser aux personnes les plus touchées à l’heure actuelle par les troubles mentaux.
Comment définir la santé mentale ?
La santé mentale est une composante de la santé prise dans son ensemble.
Selon l’OMS, la santé mentale est un « état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ».
Il n’y a pas de santé sans santé mentale. La santé mentale représente donc bien plus que l’absence de maladie ou de troubles et handicaps mentaux.
La santé mentale est déterminée par de nombreux facteurs, comme la biologie mais aussi l’environnement social et économique dans laquelle évolue toute personne. Les conditions de travail ont donc clairement un impact sur la santé mentale d’une personne.
Il faut savoir qu’environ la moitié des troubles mentaux se manifeste avant l’âge de 14 ans.
Et que par la suite, pour les adultes, la dépression est l’une des principales causes d’incapacité de travail.
Fort heureusement, iI existe des stratégies pour promouvoir, protéger et recouvrer sa santé mentale, lorsqu’elle est mise à mal.
Pour repérer ce que recouvre la santé mentale, on peut parler de trois dimensions :
La santé mentale dite positive fait référence au bien-être, à l’épanouissement personnel, aux ressources psychologiques et aux capacités d’agir de l’individu dans ses différents rôles sociaux.
La détresse psychologique qui est induite par des situations éprouvantes et des difficultés que l’on peut être amené à vivre dans l’existence. Comme par exemple des situations de deuil, des situations d’échecs relationnels ou des échecs scolaires.
On ne traverse pas tous de la même manière ces situations éprouvantes.
D’ailleurs, ces situations ne sont pas forcément révélatrices d’un trouble mental. Les symptômes, relativement communs, sont le plus souvent des troubles anxieux ou dépressifs. Ils apparaissent généralement dans un contexte d’accidents de la vie ou d’événements stressants. Ils peuvent être transitoires, rarement durables. Dans la majorité des cas, les personnes en détresse psychologique ne nécessitent pas de soins spécifiques.
Toutefois, mal repérée ou mal accompagnée, la détresse psychologique peut faire basculer la personne dans une maladie ou multiplier les difficultés sociales. Lorsqu’elle est temporaire et fait suite à un événement stressant, cette détresse est considérée comme une réaction adaptative normale. En revanche, lorsque la détresse devient intense et perdure, elle peut constituer l’indicateur d’un trouble psychique.
Les troubles psychiatriques de durée variable, plus ou moins sévères et ou handicapants, quant à eux, se réfèrent à des classifications diagnostiques renvoyant à des critères et à des actions thérapeutiques ciblées. Ils relèvent d’une prise en charge médicale. Ils présentent un très large spectre, allant de troubles légers et ponctuels à des troubles sévères, chroniques et invalidants.
Les conséquences liées aux affections psychiatriques peuvent être majeures : handicaps, décès prématurés, discriminations et exclusions.
En France, les « maladies psychiatriques » associées à des traitements chroniques par psychotropes (dont les anxiolytiques et hypnotiques) représentent le premier poste de dépense de l’Assurance Maladie. Les troubles mentaux sont responsables de 35 à 45 pour cent de l’absentéisme au travail.
Quel est l’état de la santé mentale en France aujourd’hui, à l’heure où celle-ci a été déclarée grande cause nationale de l’année 2025 ?
De manière schématique, on sait qu’1 personne sur 4 va souffrir d’un trouble mental à un moment de sa vie. 23 % des Français ont le sentiment de ne pas prendre soin de leur santé mentale (dont 36 % des femmes et 38 % des 18-24 ans).
La Grande cause nationale 2025 s’est articulée autour de quatre objectifs prioritaires :
la déstigmatisation, afin de changer le regard des Français sur les troubles psychiques et les troubles mentaux
le développement de la prévention et du repérage précoce, par la sensibilisation et la formation dans toutes les sphères de la société
l’amélioration de l’accès aux soins partout sur le territoire français, par la gradation des parcours, le développement des nouveaux métiers de la santé mentale en veillant aux soins des personnes les plus fragiles et présentant les troubles les plus complexes
l’accompagnement des personnes concernées dans toutes les dimensions de leur vie quotidienne, comme la formation, l’emploi, le logement, l’accès aux loisirs, etc.
Focale sur les personnes les plus touchées par les troubles mentaux :
Divers troubles psychiques peuvent apparaître chez l’adolescent et le jeune adulte. Les plus fréquents sont les troubles anxieux, dépressifs, du comportement alimentaire ou addictifs.
Après une tentative de suicide ou le suicide d’un jeune, l’entourage culpabilise de ne rien avoir vu. Existe-t-il des signes d’alerte ?
Quand on est proche d’un adolescent qui ne va pas bien, on le sent souvent. Il peut s’isoler, se replier sur lui-même, être irritable, consommer des substances. Ce ne sont pas des signes spécifiques et ils ne prédisent pas toujours un passage à l’acte, mais ils doivent alerter.
Ces signaux sont difficiles à identifier dans le flux du quotidien. Pour autant, quand on perçoit une souffrance, l’essentiel est d’ouvrir le dialogue. Les adolescents ont du mal à demander de l’aide, souvent parce qu’ils ne veulent pas inquiéter leurs parents. Toute la difficulté, pour ces derniers, est de s’inquiéter sans paniquer.
Le harcèlement est souvent cité comme étant à l’origine des suicides chez les jeunes. Est-ce une cause directe ?
Cela peut être un facteur de risque important mais ce n’est pas le seul et il n’y a pas de fatalisme. Tous les jeunes qui se suicident ne sont pas harcelés et tous les harcelés ne se suicident pas.
D’autres facteurs de risque sont connus, comme des antécédents de suicide dans la famille, des violences subies dans l’enfance, des troubles psychiatriques, la consommation de substances ou encore une tentative précédente.
Après un passage à l’acte, on entend souvent que le jeune ne voulait pas mourir, qu’il appelait à l’aide. Est-ce vrai ?
Il n’existe pas de « fausses » tentatives de suicide. Un jeune qui fait une tentative ne sait pas s’il mourra ou non, et il peut mourir. L’ambivalence est au cœur de ces gestes. Au-delà de la mort, ce qui est recherché est surtout d’abréger une souffrance devenue insupportable. L’erreur serait de minimiser cette souffrance.
En conclusion, une souffrance psychique, quel que soit l’âge du sujet et l’origine de la souffrance en question, devrait pouvoir être exprimée.
Car on sait que les émotions associées à cette souffrance sont de véritables bombes à retardement. Si elles sont refoulées, elles resurgiront tôt ou tard sous une forme ou sous une autre (ce que décrit la somatisation). Elles auront besoin d’être reconnues, accueillies et traversées pour être dépassées et transformées en ressources pour la personne dans le processus thérapeutique.
